Pourquoi parler d’« infobésité » ?
- Suzy Canivenc

- il y a 5 jours
- 3 min de lecture
* Synthèse garantie sans IA générative : les analyses proposées incombent uniquement à l’autrice de ce texte et à l’interprétation qu’elle a pu (et surtout voulu) faire des œuvres mentionnées.
Le terme d’« infobésité » que nous avons choisi d’utiliser pour sensibiliser à la surcharge informationnelle dans le monde professionnel est parfois décrié car il connote pour certains de nos interlocuteurs une forme de grossophobie politiquement incorrecte.
Pourquoi ne pas parler tout simplement de « surcharge informationnelle », traduction littérale de l’« information overload » théorisée en premier par les anglo-saxons, un terme plus neutre qui aurait l’avantage de ne froisser personne ? Et bien parce que le terme « infobésité » permet précisément d’éclairer le phénomène sous un angle beaucoup plus fécond.
Si tout le monde s’entend sur la définition de l’« obésité » (« un important excès de poids » [1]), les facteurs à l’origine de cette pathologie et la manière de les appréhender sont loin de faire consensus .
Une première lecture consiste à considérer l’obésité comme un pathologie strictement individuelle : si les gens mangent trop (de nourriture...ou d’informations) c’est qu’ils sont trop gourmands, compulsifs, sensibles aux addictions, etc. A l’intérieur de cette première grille d’analyse, deux attitudes s’opposent :
pour certains, ce comportement est répréhensible et fait l’objet de vives critiques voire de mépris envers ces personnes considérées comme irresponsables
tandis que pour d’autres, il doit avant tout faire l’objet d’empathie et de bienveillance en évitant de stigmatiser ces personnes qui peuvent souffrir d’importants maux psycho-sociaux.
Mais au-delà de cette vision binaire (et toujours enfermante), il est possible (et recommandé selon nombre de médecins et chercheurs) d’élargir la grille d’analyse : on peut aussi voir ce phénomène comme le produit de dysfonctionnements plus globaux, qui dépasse largement la seule responsabilité individuelle.
C’est d’ailleurs cette conception que nous invite à adopter l’Organisation Mondiale de la Santé à travers la définition qu’elle donne de cette pathologie :
« L’obésité est classée par l’OMS comme une maladie chronique et récurrente résultant d’interactions complexes entre la génétique, la neurobiologie, les comportements alimentaires, l’accès à une alimentation saine, les forces du marché et l’environnement plus large. Au cours des dernières décennies, l’obésité s’est étendue à l’échelle mondiale au fil de l’amélioration de la sécurité alimentaire, du développement socioéconomique et des changements observés en matière d’alimentation, d’activité physique et de comportements sociaux et individuels engendrés par la mondialisation et l’industrialisation des systèmes alimentaires. Ces forces ont créé des environnements de plus en plus obésogènes, contribuant à ce qui constitue aujourd’hui une crise mondiale de santé publique »[2].
L’évolution des modes de travail est d’ailleurs directement impliquée dans le développement de ces « environnements obésogènes » : la tertiarisation de l’économie française et la numérisation galopante des activités professionnelles conduit de plus en plus de personnes à travailler dans une posture assise de manière prolongée, favorisant ainsi la sédentarité et les risques d’obésité [3].
Et il en va de même pour l’« infobésité », un mot-valise inventé à l’origine par les Canadiens francophones. Ce rapprochement entre la surcharge informationnelle et pondérale est loin d’être anodin car il permet justement, selon Alizé Papp, d’opposer ces deux points de vue distincts : « Dans le premier, l’infobésité est vue comme le symptôme d’un dérèglement pathologique des comportements d’un individu incapable de maîtriser sa consommation. Elle pourrait être traitée à l’aide de cures (de déconnexion) et prévenue par des mesures de sensibilisation et d’éducation à une meilleure régulation de l’absorption d’information. Pour le second, l’infobésité ne serait pas une faute individuelle mais le produit de l’environnement qui, en influençant les choix de l’individu, l’empêche de consommer raisonnablement »[4].
Le terme d’« infobésité » que nous mobilisons à Mailoop et à l’OICN s’inscrit clairement dans cette seconde grille d’analyse en essayant de capter, au-delà des simples comportements individuels, les processus organisationnels et collectifs qui peuvent nourrir la « surcharge informationnelle »... mais également l’enrayer. Nombre de recherches prouvent en effet que « les résultats concernant la prévention systémique de la surcharge informationnelle sont nettement supérieurs à ceux relatifs aux approches comportementales » [5]. Pour nous, l’infobésité n’est pas qu’un problème individuel mais une problématique organisationnelle, sur laquelle nous vous proposons de vous accompagner.
[1] Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées (2025). Obésité. https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/prises-en-charge-specialisees/obesite/
[2] Organisation Mondiale de la Santé (2025). Obésité et surpoids. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/obesity-and-overweight
[3] INRS (2024). Les postures sédentaires: définition, effets sur la santé et mesures de prévention ». https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206494
[4] Papp, A. (2018). « L’infobésité, une épidémie à l’âge des nouvelles technologies de l’information et de la communication ? ». Regards croisés sur l'économie, vol. 2, n° 23, p. 105-113. https://shs.cairn.info/article/RCE_023_0105?lang=fr
[5] Arnold, M., Goldschmitt, M., Rigotti, T.. (2023). « Dealing with information overload: a comprehensive review ». Frontiers in Psychology, vol. 14




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